ÉTUDE DE MARCHÉ
Le conflit ukrainien et ses impacts économiques



- L’impact du conflit sur l’économie polonaise
- De nouveaux débouchés pour la Pologne
- L’Allemagne : une dépendance structurelle à l’énergie russe
- Une conséquence structurelle : la réorientation des flux commerciaux
- Quels avantages pour la France ?
Apprenons un peu plus :
L'impact du conflit sur l'économie polonaise
La Pologne a été particulièrement exposée aux conséquences du conflit, en raison de sa proximité géographique avec l’Ukraine et la Russie, mais aussi de ses relations commerciales et énergétiques historiques avec l’Europe de l’Est.
Il convient toutefois de nuancer l’idée d’une perte économique généralisée : la Pologne n’a pas connu d’effondrement de son commerce extérieur. En 2022, ses exportations ont même progressé de 23 %, pour atteindre 1 618,6 milliards de zlotys. Les importations ont cependant augmenté plus fortement encore (+29,4 %), tirées par la hausse des prix de l’énergie et des matières premières.
Avant la guerre, la Russie ne représentait qu’une part limitée des échanges polonais : 2,8 % des exportations en 2021, contre 6 % des importations. L’Ukraine, de son côté, pesait pour 2,2 % des exportations et 1,5 % des importations.
La principale difficulté pour la Pologne a donc résidé dans la rupture de certains approvisionnements et débouchés orientaux, plus que dans un choc macroéconomique global.
La guerre a notamment provoqué :
- une hausse importante du coût de l’énergie
- des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement
- une diminution des échanges avec la Russie et la Biélorussie
- des difficultés d’approvisionnement en certaines matières premières
- une pression inflationniste
- une nécessité de réorienter rapidement fournisseurs et marchés d’exportation
De nouveaux débouchés pour la Pologne
La Pologne a progressivement renforcé ses échanges avec l’Europe occidentale, l’Ukraine et d’autres marchés. Elle s’est également imposée comme un acteur majeur de la logistique européenne à destination de l’Ukraine.
La reconstruction ukrainienne constitue aujourd’hui un nouveau marché stratégique pour les entreprises polonaises.
4 505 entreprises liées à la Pologne recensées comme actives en Ukraine en 2026 (source : PAIH)
1,21 Md$ d’investissements directs polonais en Ukraine en 2024
L'Allemagne : une dépendance structurelle à l'énergie russe
L’impact du conflit a été plus marqué encore pour l’Allemagne, en particulier sur le plan énergétique.
En 2021, le commerce germano-russe représentait environ 59,8 milliards d’euros : l’Allemagne importait pour 33,1 milliards d’euros de marchandises russes et exportait pour 26,6 milliards d’euros vers la Russie. Le pétrole et le gaz constituaient à eux seuls environ 59 % des importations allemandes en provenance de Russie, pour une valeur de 19,4 milliards d’euros. C’est donc avant tout le modèle énergétique allemand qui s’est trouvé fragilisé.
La rupture commerciale s’est opérée en deux temps. En 2022, les exportations allemandes vers la Russie ont chuté de 45,2 %, à 14,6 milliards d’euros. Les importations, elles, ont paradoxalement progressé de 6,5 % en valeur (35,3 milliards d’euros), alors même que les volumes importés reculaient de 41,5 % : l’Allemagne achetait donc moins à la Russie, mais payait nettement plus cher, notamment pour l’énergie.
En 2023, la rupture est devenue beaucoup plus nette : les exportations sont tombées à 8,9 milliards d’euros (-38,8 %) et les importations à 3,7 milliards d’euros (-90 %).
Sur le plan des entreprises, 19 285 sociétés allemandes exportaient encore vers la Russie en 2021, pour une valeur totale d’environ 27 milliards d’euros. L’industrie manufacturière représentait 74 % de ces exportations, les secteurs des machines et de l’automobile comptant chacun pour environ 18 % du total
Une fermeture ciblée, et non totale, des marchés russes
Il ne s’agit pas d’une fermeture totale du marché russe, mais d’un ensemble de sanctions et de restrictions ciblées, mises en place progressivement par l’Union européenne sur certains produits importés depuis la Russie et certains biens exportables vers la Russie.
Depuis février 2022, l’UE a interdit ou restreint des échanges représentant environ 48 milliards d’euros d’exportations potentielles vers la Russie et 91,2 milliards d’euros d’importations depuis la Russie, selon les données de la Commission européenne reprises par le Conseil de l’UE.
Une conséquence structurelle : la réorientation des flux commerciaux
Le phénomène central de cette période est une réorientation des flux commerciaux européens, aussi bien côté importations que côté exportations.
Cette réorientation se vérifie dans les chiffres : entre janvier et avril 2023, les exportations allemandes vers les pays de la CEI hors Russie ont augmenté de 106,4 % par rapport à 2021, notamment pour les automobiles, les machines et les produits chimiques.
Point clé — les sanctions n’ont pas seulement fermé des marchés. Elles ont aussi créé un besoin de redéploiement international pour de nombreuses entreprises européennes, un redéploiement dans lequel les entreprises françaises ont une carte à jouer.
La reconstruction ukrainienne : un marché de long terme
La destruction des infrastructures ukrainiennes crée des besoins considérables dans de nombreux secteurs :
La France a déjà mis en place le Fonds Ukraine, destiné à financer des projets portés par des entreprises françaises dans plusieurs de ces secteurs.
200 M€ dotation du Fonds Ukraine 19 projets français déjà sélectionnés, prioritairement en énergie, santé, déminage, infrastructures et eau 50 % part française minimale imposée par le dispositif, garantissant que les investissements bénéficient directement à l’activité industrielle française |
De nouveaux marchés accessibles aux entreprises françaises
Le conflit peut ainsi devenir une opportunité de développement international pour des entreprises qui, jusqu’ici, opéraient surtout sur le marché national.
Une entreprise française spécialisée dans l’énergie, la construction, l’ingénierie, la logistique ou les infrastructures peut par exemple nouer un partenariat en Pologne avant d’accéder au marché ukrainien. La Pologne dispose ici d’un avantage géographique considérable : voisine directe de l’Ukraine, elle constitue déjà une plateforme logistique majeure vers ce marché.
Le gouvernement polonais considère d’ailleurs explicitement la reconstruction ukrainienne comme une opportunité économique pour ses propres entreprises, notamment dans le transport, le commerce et l’investissement.
La diversification des fournisseurs européens : une opportunité transversale
La guerre a également mis en évidence, pour de nombreuses entreprises européennes, les risques d’une dépendance excessive à un fournisseur unique. Cette prise de conscience ouvre des opportunités pour les entreprises françaises dans plusieurs domaines :
L’Union européenne a elle-même accéléré cette diversification énergétique : selon la Commission européenne, la part du pétrole russe dans les importations européennes est passée de 27 % au début de 2022 à 2 % en 2025.
Conclusion Stratégique
